Le transport public n’est pas payé à son juste prix (28/10/2014)


Lors de sa conférence de presse du 28 octobre 2014, l’UTP a rappelé à la presse combien le modèle économique du transport public urbain restait fragile. A cette occasion, Sophie Boissard, Vice-Présidente de l’UTP, a expliqué aux journalistes les raisons de cette dégradation et les pistes pour revenir à l’équilibre.

20141028_S._Boissard_2_Photo_Bruno_MAZODIER-5254« Notre activité évolue dans un contexte spécifique : un équilibre économique fragile et des services non payés à leur juste prix », a déclaré Sophie Boissard, Vice-Présidente de l’UTP, dès le début de son intervention devant la presse. Avant de poursuivre : « Le transport public urbain est financé par trois sources : le Versement Transport des employeurs, la contribution des Autorités Organisatrices de la Mobilité via la fiscalité locale et la vente des titres de transport. Aujourd’hui, les deux premières sources de financement n’augmentent plus et peuvent difficilement progresser davantage. Du fait de la crise, les employeurs sont globalement dans une situation tendue ; en conséquence, le Versement Transport n’a pas de marge de progression. Alimenté par la fiscalité locale, le budget des Autorités Organisatrices de la Mobilité Durable peut difficilement progresser. Les collectivités locales sont dans une phase de réduction de leurs dépenses ».
Sophie Boissard a également tenu à rappeler : « Dans le transport public urbain, l’utilisateur ne paye au mieux que le tiers du coût de son déplacement. En 2013, le ratio recettes sur dépenses R/D s’est encore dégradé à 31%, contre 31,5 % en 2012. En 2003, il était de 39 %. La dépense par voyage ne cesse d’augmenter : entre 2003 et 2013, elle est passée de 1,45 € à 1,54 €, soit une progression de 6 % en dix ans. Dans le même temps, la recette par voyage est passée de 0,54 € à 0,48 €, soit une baisse de 12 % ». Cet effet de ciseau trouve son origine dans la conjonction de deux phénomènes : une offre croissante pour desservir de nouveaux territoires et améliorer la qualité de service, ce qui génère des dépenses, et une fréquentation qui augmente plus vite que les recettes. Au cours des dix dernières années, le trafic voyageurs a progressé de 39 %. De 2012 à 2013, il a encore augmenté de 2,8 %. En 2014, il devrait croître de 3 %.

 

Les territoires desservis s’étendent et les recettes baissent

Au cours des dix dernières années, les périmètres de transport urbain se sont agrandis à de nouvelles communes, à un rythme accéléré et continu. L’extension des réseaux s’est faite à des communes de plus en plus éloignées de la « ville centre », qui comptent peu d’habitants. Les territoires couverts sont aujourd’hui 25 % moins denses (habitants/km²) qu’en 2003. L’extension continue des territoires desservis augmente beaucoup plus vite que la densité de la population desservie. Cette situation est très préjudiciable à l’équilibre économique des réseaux de transport public urbain.

Dans le même temps, la recette par voyage a baissé du fait des très faibles augmentations de tarif, auxquelles se sont ajoutées une logique d’abonnements peu chers et la poursuite de la mise en œuvre de tarifications sociales « Si les tarifs des titres de transport suivaient les mêmes évolutions que l’offre et la fréquentation, les transports publics pourraient entrer dans un cercle vertueux, permettant de favoriser le report modal et d’assurer un meilleur équilibre économique, a insisté Sophie Boissard lors de la conférence de presse du 28 octobre 2014. Mais, depuis dix ans, les tarifs suivent une progression inverse à celle de l’offre et de la fréquentation, ce qui, aujourd’hui, compromet la pérennité de l’offre. Certains réseaux envisagent d’ores et déjà de la réduire au plan quantitatif».

 

Des tarifs qui ne sont plus adaptés

20141028_S._Boissard_Photo_Bruno_MAZODIER-5241« En France, toutes tailles de réseaux confondues, le prix moyen du billet vendu à l’unité est de 1,15 € ; il s’élève à 1,43 € dans les réseaux avec des transports en site propre. Ces chiffres placent le titre unitaire français parmi les plus bas d’Europe, a souligné Sophie Boissard. A Paris, le ticket coûte 1,70 €, contre 1,90 € à Bruxelles, 2,60 € à Berlin, 2,91 € à Genève et 5,80 € à Londres ».

Le constat est identique en matière d’abonnement mensuel. En France, il coûte en moyenne 29,08 € et, au maximum, 68,46 € pour Paris (zones 1-2) ; il est de 78,00 € à Berlin et de 148,80 € à Londres, par exemple.

En dix ans (2003-2013), seul le prix de l’abonnement mensuel, le titre le moins demandé par les voyageurs a augmenté (+16,5%). Les deux titres phares du transport public urbain : le billet unitaire et l’abonnement mensuel ont très peu augmenté (+ 1 % pour le billet unitaire et + 1,1% pour l’abonnement mensuel en euros courants 2013). L’abonnement annuel a baissé de 6, 2 % et le titre journée de 3,8%.

Sophie Boissard a remis les chiffres en perspective : « Aujourd’hui, la voiture  coûte trois fois plus cher que le transport public : 34 centimes d’euros par km pour la première et 10 centimes d’euros par km pour le second ». La Vice-Présidente de l’UTP a aussi donné quelques indicateurs concernant les impacts de l’utilisation de la voiture individuelle.

« En France, la facture des embouteillages s’élève à 17 milliards d’euros par an, soit 0,8 % du PIB. Elle coûte, chaque année, 1943 euros par foyer. D’ici à 2030, elle devrait augmenter de 30 % pour atteindre 22 milliards d’euros par an, soit 2381 euros par foyer et par an.
A ce chiffre s’ajoutent 27,4 milliards d’euros par an pour la pollution, 23,4 milliards d’euros par an pour l’accidentologie et 22,2 milliards d’euros par an pour le coût d’usage des routes généré par les véhicules individuels. In fine, ces coûts totalisent un montant de près de 91 milliards d’euros par an, soit près de 5 % du PIB ».

 

Les tarifs des autres services publics marchands augmentent

Au cours de la dernière décennie (2003 à 2013), les tarifs des transports routiers de voyageurs ont baissé de 4,75 % alors que, dans le même temps, les prix des autres services publics marchands (repas dans un restaurant scolaire ou universitaire, distribution d’eau, électricité, gaz et autres combustibles, enlèvement des ordures ménagères, services postaux) ont augmenté. Sur une décennie (de 2003 à 2013), les tarifs de ces autres services ont en effet régulièrement progressé. Leurs hausses tarifaires oscillent entre 21,9 % et 62,76 %. Ainsi, le tarif de l’enlèvement des ordures ménagères a augmenté de 62,76 % et celui de la distribution d’énergie de 59,18 %. La distribution d’eau et la cantine ont vu leur tarif respectif croître de 30,86 % et de 21,90 %.

 

La tarification solidaire se met en place

Aujourd’hui, plus de la moitié des voyages (54,66 %) sont effectués avec des titres réduits ou gratuits et 43,8% avec des titres « sans condition ».Pour garantir à tous l’accès au transport public urbain, il existe des tarifs spécifiques adaptés à tous les types de clientèle (jeunes, précaires…). La tarification à caractère social permet ainsi d’acheter des titres à des tarifs réduits. Près de 40 % des réseaux de province les proposent aux personnes âgées, du fait de leur âge et de leur niveau de vie supposé inférieur aux autres catégories de la population. Pourtant, il est démontré que les jeunes actifs disposent d’un pouvoir d’achat moyen plus faible que certain retraités et qu’ils sont peu concernés par les réductions tarifaires.

Pour aller dans le sens d’une tarification plus équitable, les réseaux ont commencé à mettre en place des tarifs modulés en fonction des revenus du foyer du voyageur et non plus en fonction de son statut. Cette tarification solidaire permet de mieux prendre en compte la réalité économique et sociale des habitants et de cibler les foyers à faibles ressources et l’ensemble de leurs membres. La tarification solidaire est une tendance structurelle et de plus en plus de réseaux vont la mettre en place.

 

© Bruno Mazodier

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